Par Franck Olivier – Conseiller Municipal à Sagy 95 Val d'Oise
Elu de proposition

1914 – 1918, les femmes dans la Grande Guerre

2 août 1914   :   ORDRE DE MOBILISATION GÉNÉRALE

6 août 1914   :   le Président du Conseil des Ministres « Aux Femmes Françaises »

« Je vous demande de maintenir l’activité des campagnes, de terminer les récoltes de l’année, de préparer celle de l’année prochaine : vous ne pouvez pas rendre à la Patrie un plus grand service. »

 

Durant le conflit 50% des pertes militaires touchaient le monde rural. Les paysans, majoritaires dans la société française du début du XXe siècle, combattaient principalement  en première ligne comme fantassins. La terre porte les cicatrices de la bataille : trous d’obus, cratères, tranchées. En revenant à la ferme, les soldats retrouvaient des femmes ou des mères, qui en leur absence avaient fait fonctionner la maisonnée, nourri le bétail, organisé les productions agricoles et vendu les récoltes pendant quatre ans. Le roman d’Ernest Perochon « Les gardiennes » , paru en 1924 et adapté au cinéma en 2017, a rendu hommage au rôle crucial des femmes pour nourrir le pays en guerre.

 

 

Dés août 1918 les Conseils Généraux décidèrent la création d’un diplôme d’honneur récompensant « les femmes, filles et mères de cultivateurs mobilisés qui en continuant l’exploitation des fermes, ont assuré le maintien de la vie agricole ». En décembre 1918 les maires et les conseils municipaux ont été sollicités pour désigner les femmes susceptibles de bénéficier de cette distinction honorifique.

 

Durant la guerre le monde du travail s’ouvre aux femmes

En 1915 « la crise des munitions » entraîne la conversion ou même la création d’usines, comme celle d’André Citroën, quai de Javel, qui a produit environ 26 millions d’obus, entre 1915 et 1918. Plus de la moitié des effectifs étaient féminins et certains ateliers employaient jusqu’à 80% de femmes qui travaillaient dans des conditions très  difficiles. Le règlement intérieur des ateliers stipulait « Défense de s’asseoir. Défense de causer. Défense de faire grève ».

 

« L’ouvrière, toujours debout, saisit l’obus, le porte  sur  l’appareil dont  elle  soulève  la partie  supérieure.  L’engin  en  place,  elle abaisse  cette  partie,  vérifie  les  dimensions (c’est le but de l’opération), relève la cloche, prend l’obus et le dépose à gauche. Chaque  obus  pèse  7  kg.  En  temps  de production normale, 2500 obus passent en 11 heures entre ses mains. Comme elle doit soulever deux fois chaque engin, elle soupèse en un jour 35 000 kg ».

A la  fin  de  la  Première  Guerre,  on  compte  420 000 ouvrières  dans  l’industrie  militaire  en  France,  un million en Grande-Bretagne. Elles représentent 25% des effectifs dans l’armement, alors qu’à la veille de la guerre,  6 à 7 % de la  main  d’œuvre  totale étaient des femmes.  Elles  auront  fabriqué  300 millions d’obus et plus de 6 milliards de cartouches pour l’industrie.

L’infirmière

Les «anges blancs» qui soignaient les soldats blessés,  véritables icônes de la Première Guerre Mondiale  formaient la «quatrième armée». Du 2 août au 31 décembre 1914, en quatre mois,  pas moins de 798 833 blessés, des soldats français et africains et 322 672  malades eurent recours aux soins de cette unité médicale. Dès la proclamation de la guerre, 70 000 bénévoles ont revêtu l’uniforme blanc et se sont engagées aux côtés des infirmières diplômées. La demande de personnel soignant est forte : outre les 754 hôpitaux militaires, 1400 hôpitaux auxiliaires gérés par la Croix Rouge seront aménagés à l’arrière.

Dans le Val d’Oise, dès l’automne 1914, des femmes écossaises, médecins, chirurgiennes, suffragistes (luttant pour que l’on accorde aux femmes le droit de vote) décidèrent de venir installer à Royaumont, un hôpital auxiliaire (N° 301) afin de soigner « ces pauvres soldats français ». Leur générosité s’accorde à celle d’Édouard Goüin, propriétaire de l’abbaye, qui accepte que l’édifice devienne « leur » hôpital durant ces années terribles, sous l’égide de la Croix-Rouge.

Les autorités britanniques puis françaises furent d’abord sceptiques voire méprisantes envers ces futures héroïnes de la médecine de guerre. Finalement, elles s’installèrent en décembre 1914 dans l’abbaye, et il y eut jusqu’à 600 lits pour les soldats blessés. Elles soignèrent et opérèrent même quelques civils des environs. Elles permirent des progrès considérables, notamment en ce qui concernait la terrible gangrène gazeuse. La mortalité fut remarquablement basse à Royaumont. Elles utilisèrent des automobiles-appareils de radiologie, les fameuses « Petites-Curie », étendirent la pratique des soins en plein air (sous le cloître). Toutes les employées étaient des femmes, sauf les cuisiniers et quelques chauffeurs.

A Reims, un monument célèbre le dévouement de toutes les infirmières alliées.

Marie Curie, ayant découvert les propriétés du radium, met en place un service de radiologie mobile. Elle fait équiper en matériel radiologique une vingtaine d’automobiles, appelées « les Petites Curie », qui se rendent au plus près des lieux de combat et évitent le déplacement des blessés. Avec entre autres, le soutien financier de l’Union des Femmes de France, Marie Curie a conçu 18 voitures radiologiques et installé 250 postes fixes de radiologie dans les hôpitaux. Plus d’un million de blessés ont été secourus grâce à ces installations.

La physicienne a pratiqué elle-même plus de mille examens radiologiques sur le terrain, et formé de nombreuses manipulatrices en radiologie. Sa fille, Irène Curie, 18 ans s’est rapidement engagée à ses côtés, la  secondant dans  son action médicale sur le front.

Marie Curie rédigea ensuite  un ouvrage intitulé « La Radioactivité et la Guerre », destiné à montrer les applications possibles de sa découverte.

 

L’institutrice

Appelés au front, les enseignants faisaient défaut dans les écoles. Depuis la création d’Écoles normales de filles en 1882, des femmes enseignaient dans les écoles primaires.  Nommées de plus en plus jeunes (17ans) et sans grande préparation les institutrices devaient assurer beaucoup d’autres activités notamment «de  tenir  note  de  tous  les  événements auxquels elles ont assisté ».

Elles remplaçaient aussi les secrétaires de mairie, les conseillers municipaux et les maires qui avaient rejoint l’armée. A contrecœur  parfois, les membres du conseil municipal acceptaient de les nommer, à  titre temporaire, pour pourvoir aux postes vacants, principalement pour les affaires sociales.

Le 11 Novembre 1918, l’Armistice est signé, les combats s’arrêtent sur le front ouest.

Avec la mort de plus d’un million de soldats français, la Première Guerre mondiale

plonge près de 600 000 veuves de guerre et 986 000 orphelins dans la détresse.

 

La période de la guerre a permis aux femmes d’affirmer leur personnalité, de prendre conscience de leurs capacités et de leur aptitude à acquérir leur  indépendance économique. Un baccalauréat féminin a été instauré en 1919 et les  écoles d’ingénieurs et de commerce, les universités de médecine ou de droit rendues accessibles aux jeunes filles.

C’est le temps des « garçonnes », symbole par excellence des années folles, précurseur du mouvement d’émancipation et de libéralisation des femmes.

En réalité, les femmes n’obtiennent pas l’égalité politique à laquelle elles aspirent. En France, par deux fois, en 1919, la chambre des Députés s’était prononcée pour accorder des droits politiques aux femmes, et en 1922 une proposition de loi de Jules Guesde préconise l’égalité civile et politique homme/femme. Le Sénat rejette le droit de vote pour les femmes au nom des « inquiétudes » que peut susciter celui-ci.

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