Par Franck Olivier – Conseiller Municipal à Sagy 95 Val d'Oise
Conseil Municipal le jeudi 13 décembre 2018 à 19h00

Élisabeth Borne, Ministre des Transports, veut « une réelle politique en faveur du vélo »

Élisabeth Borne, Ministre des Transports, veut « une réelle politique en faveur du vélo »

 

« Il faut cesser de regarder le vélo avec condescendance, en considérant que c’est un sujet mineur ». C’est vrai, c’est bien dit, et on savait depuis longtemps qu’en matière de déplacements du quotidien, le vélo, souple, rapide, pratique, pas cher, peu coûteux en aménagements, bon pour la santé et non polluant, était un outil totalement sous-utilisé.

Mais désormais, c’est une ministre des transports qui le dit. Lors de la séance de clôture des Assises de la mobilité, un chantier lancé par le gouvernement en septembre, Élisabeth Borne a adoubé le vélo comme moyen de déplacement. Et elle en a profité pour annoncer « une réelle politique en faveur du vélo ». Aujourd’hui, a-t-elle rappelé, « 75% des déplacements domicile-travail font moins de 5 km ».

Que cela soit clair, personne ne propose que tous les trajets se fassent à vélo. Mais aujourd’hui, le problème est, à l’inverse, que l’immense majorité des trajets courts se font en voiture, avec des conséquences néfastes en matière de congestion, de pollution, d’étalement urbain, etc.

Le vélo adoubé, donc. Certes, on objectera qu’une parole de ministre n’est qu’une parole. Plus précisément, la volonté d’une ministre, même soutenue par le gouvernement, se heurte immanquablement à des objections par centaines ou par milliers, à l’effarement de ses collègues, aux habitudes de l’administration, aux prudences de Bercy, au scepticisme des médias, etc.

Mais que l’on se souvienne des épisodes précédents. Il y a encore deux ans, une autre ministre ricanait quand on évoquait devant elle la possibilité de faire du vélo un moyen de transport. « J’ai peur de tomber », avouait-elle. Et puisqu’elle, ministre, avait peur de tomber, se déplacer à vélo était une mauvaise idée, partout, pour tout le monde, tout le temps. C’est le paradoxe du vélo : c’est un objet tellement familier qu’il faut avoir déjà passé une étape pour le considérer autrement qu’en vertu de sa seule expérience personnelle.

Nous voici donc en 2017, et la ministre d’aujourd’hui constate « une aspiration de nos concitoyens à un changement culturel sur le sujet », comme le montre « le succès de la consultation Parlons vélo, avec plus de 100000 réponses ». La future « loi d’orientation des mobilités », dévoilée en février 2018, comportera donc un volet sur l’essor du vélo. Plusieurs aspects y seront traités : « santé publique, infrastructures, éducation, fiscalité », a indiqué Mme Borne.

Auparavant, la ministre avait effectué un constat, alimenté de ses déplacements en France, ces dernières semaines : « non, la mobilité durable n’est pas une préoccupation de bobo ». Voilà pour la journaliste Ruth Elkrief, qui demandait, en janvier dernier, lors d’un débat télévisé pour la primaire de gauche si « l’écologie, ce n’est pas une question de bobo ».

Un plan vélo, donc. Mais combien d’euros ? Car en France, sans budget, il ne se passe rien. L’administration, les directeurs, les ministres, les journalistes ne prennent pas au sérieux un dossier non financé. Pour le moment, c’est un peu flou. Dans son discours, Mme Borne n’a pas avancé de chiffres, alors qu’elle a clairement annoncé le déblocage de 150 millions d’euros pour « soutenir l’innovation des start-ups » ou 500 millions pour des « projets d’organisation territoriale » dont rien ne dit, certes, qu’ils ne comporteront pas un peu de vélo.

Lors de la conférence de presse qui a suivi, la ministre a semblé un peu plus explicite. Le plan vélo se nourrira notamment d’un « grand plan d’investissement de 100 millions d’euros par an consacré aux nouvelles mobilités ». Le ministère travaille sur l’indemnité kilométrique pour les salariés qui arrivent à vélo, la prime au vélo à assistance électrique, le « partage de l’espace public en ville », l’apprentissage à l’école. Tout ne dépend évidemment pas de l’État, mais celui-ci peut donner des impulsions.

Et d’où viendra l’argent, concrètement ? « Pas de mobilité durable du 21ième siècle sans nouvelles ressources », affirme un communiqué publié le 12 décembre par… le PCF. Les députés communistes regorgent d’idées pour financer les transports publics en général, et le vélo en particulier. Ces idées se basent toutes sur des taxes ciblées. Le PCF suggère ainsi un « déplafonnement du versement transport », taxe assise sur la masse salariale, la création d’une « éco-taxe poids-lourd régionalisée » ou encore une « taxe nationale sur les parkings d’hypermarchés ». Ces fameux hypermarchés qui prolifèrent en périphérie des villes et finissent par abîmer le commerce, le dynamisme, le patrimoine et les habitants des villes moyennes. Et pour lesquels un député LREM demande un « moratoire ».

Taxer les parkings d’hypermarchés et de centres commerciaux, une idée d’incorrigible dirigiste ? Non. Cette taxe existe déjà, en Ile-de-France, où elle a été adoptée à l’unanimité, droite et gauche confondue, par le Syndicat des transports, il y a quelques années. Cela rapporterait, selon le PCF, 2 milliards d’euros par an. De quoi faire un beau plan vélo, et bien davantage. Au ministère des transports, on ne ferme pas la porte à cette idée.

Article publié le 14 décembre 2017 par Olivier Razemon, journaliste écrivant régulièrement pour Le Monde, principalement sur les transports (vélo, taxis, voiture, etc), l’urbanisme et les modes de vie. Article complet sur le blog « L’interconnexion n’est plus assurée – Chronique impatiente de la mobilité quotidienne, un blog d’Olivier Razemon » à l’adresse : http://transports.blog.lemonde.fr/2017/12/14/borne-politique-velo/

 

 

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