Par Franck Olivier – Conseiller Municipal à Sagy 95 Val d'Oise
Elu de proposition

La « bleue » de Saillancourt dormait depuis 1986

Comme le dit la publicité : les « Bleues de BRAUD : la plus belle gamme du monde »

En 1898, Alexandre Braud mécanicien réparateur, s’installe à Saint-Mars-la-Jaille en Loire-Atlantique et crée une entreprise de construction de machines agricoles. Les premières machines servent au battage, elles sont actionnées par des manèges à chevaux. Suivent les batteuses, puis les moissonneuses-batteuses. Voici, en quelques dates, l’aventure de celles que l’on surnommait les « Bleues ».

1908 : premières batteuses en bois sur quatre roues actionnées par des locomobiles.

1929 : apparition de la T 5, une batteuse métallique entraînée par un moteur thermique.

1935 : lancement de la première batteuse métallique sur deux roues tractée par cheval : la B 4.

1939 : Le succès est là. Six cents batteuses Braud sont construites.

1945 : le plan Marshall provoque l’arrivée en France des premières moissonneuses-batteuses américaines. Une adaptation s’impose.

1953 : mise au point de prototypes répondant aux exigences de l’agriculture française.

En 1955, l’A 2080 de Braud est consacrée meilleure moissonneuse-batteuse

1966 : Braud construit une nouvelle usine de 55 000 m2 à Angers en Maine-et-Loire. En 1972, ce site disposera de deux chaînes de montage.

1973 : Braud se diversifie en se tournant vers la récolte mécanisée du raisin.

1976 : lancement de la machine à vendanger 1020. Un an plus tard, avec la 1024, Braud représente 30 % du marché français de ces machines..

1982 : l’entreprise Braud passe sous le contrôle de Fiat-Allis.

1984 : les machines à vendanger Bleues représentent 65 % des ventes en France.

1988 : les regroupements se poursuivent au niveau mondial, la marque intègre l’un des plus grands groupes de matériel agricole, qui rassemble New Holland, Fiat-Allis, Ford, Braud. L’arrêt de la fabrication des moissonneuses-batteuses Braud remonte à 1983.

En ce qui concerne le matériel de vendanges, New Holland-Braud reste le numéro 1 de la production de ces machines. Preuve que,  la marque créée par Alexandre Braud a bien traversé le siècle.

Extrait de : http://agriretro.unblog.fr/le-centenaire-des-bleues-de-braud/.

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« Insolite. Gégé collectionne… les moissonneuses-batteuses » (Ouest-France 06/08/2015) – Portrait réalisé par François SIMON

« Gégé, il les regarde avec amour. Il les connaît toutes, non pas comme s’il les avait faites. Il s’est contenté de les défaire. Il les a désossées, démontées, décoincées, dégrippées. Dénichées surtout. Car la moissonneuse-batteuse ne court pas les rues. Pas plus que les chemins de campagne.

Elles dorment à la cloche de bois, sous la poussière du temps au fond d’une grange. Elles rouillent au pays des mémoires mortes. Elles attendent un Gégé.

Il en pince pour les moissonneuses-batteuses. Il les collectionne. Il en a vingt-cinq. Vingt-cinq chantiers. Vingt-cinq énigmes. Vingt-cinq bonheurs. Dans la vie vraie, il s’appelle Gérard Gauthier, il est typographe de presse, habite la ferme de la Deumière, à Martigné-Ferchaud (Ille-et-Vilaine). Gégé dont la mère disait : « Il fait tout de ses mains. »

Catherine, sa femme, l’admire aussi : « On a l’impression de vivre dans une société de photocopies, sauf avec un homme comme lui. Il ne ressemble à personne. » Jolie déclaration. Catherine insiste : « Je n’ai jamais, jamais vu Gégé acheter un truc neuf. Il ne peut pas.»

Son truc, c’est l’antiquité vaillante, le vintage, l’occasion qui fait le larron. En un mot : la moissonneuse-batteuse. Mais pas les monstres à la Mad Max qui vous avalent une plaine d’Ukraine en deux passages, robotisés jusqu’au trognon.

Non, la moiss’batt’ de son coeur est une balourde encore élégante, très XXe siècle, avec un moteur « simple comme celui d’une deux chevaux mais dangereuse comme une bombe à essence ». Elle a une bouille qui a celle des Trente Glorieuses (1945-1975), juste avant le remembrement : « Quand les paysans n’y croyaient pas car ça n’allait jamais passer sous les branches des pommiers.» En fait, Gégé aime « les beaux objets », beaux comme des témoins. Beaux comme l’enfance, enfin la sienne, du côté de Redon, chez sa grand-mère qui avait une belle grange où hivernaient les avaleuses de paille et de grain qui crachaient des nuages de poussières d’orge et de blé.

Lui, petit bonhomme, leur soulevait le capot. Il y avait, là-dessous, une ingéniosité incroyable : « Léonard de Vinci aurait pu inventer le principe de la moiss’batt’ » qui consiste à couper, battre, séparer, secouer, calibrer et ensacher. Et sur le fond, à soulager la peine des hommes.

Les siennes, il les a trouvées sur le site du Bon Coin ou Agri Affaires mais « rien ne vaut le réseau du bon copain ». Une bête comme ça se négocie autour de 1 000 €. Et ça redémarre au bout d’un ou deux mois, avec de l’huile de coude, de la patience, « avec des bouts de ficelle, du fil de fer et des cales en bois ».

Ça redémarre fatalement dans un joyeux bruit de chalutier ou de rotative, une bande-son très mélodieuse : « Les lames de scies assurent la saccade, les rabatteuses tournent plus lentement sur un rythme de charleston. Le moteur fait la basse. En fait c’est un orchestre qui roule en décapotable et fait pleuvoir des nuages de poussières. » La classe. Un son et poussières. Cet été, comme tous les étés, les moissons ont commencé à la Sainte-Berthe.

Gégé et ses amis ont bichonné les belles. Car elles vont parader le 9 août. Notamment la Guillotin de 1944, 3,5 tonnes de rareté, dont six exemplaires seulement sont répertoriés en France.

Gégé cherche une Garnier 220, une trapue, toute basse, conçue pour passer sous les branches des vergers. Et il vous fait ce cadeau : vous installer au volant, dominer le monde à trois mètres de haut, sentir le ventre de la bête qui rugit sous vos pieds. Et lâcher les chevaux.

Tous les preux de l’orge, du blé et du colza, on peut le dire, semblent avoir un grain. Ils forment surtout une chevalerie modeste, chaleureuse et irremplaçable. Ils sont heureux. »

Quatre tours de champ plus tard, vous avez compris ce qu’il a susurré en vous confiant les rênes de sa belle sauvage, une Garnier bleu de France : « Une moissonneuse-batteuse ne se conduit pas. Ça se mène. »

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Gégé trouverait son alter ego à Saillancourt.

Cela faisait plus de trente ans que « la Bleue » dormait, elle aussi à la cloche de bois, sous la poussière du temps au fond d’une grange.

La BRAUD A2080 attendait juste qu’on lui rende son âme.

La moisson de 1986 terminée, elle avait été garée sous l’auvent de la grange, rue du Charné, livrée aux froidures hivernales et à la morsure de la rouille sur sa tôle.  Trente ans plus tard, l’A2080 ne donnait plus aucun signe de vie possible, tous les rouages grippés et le moindre boulon bloqué pour l’éternité.

Le mécanicien talentueux a redonné vie à l’A 2080

Il a fallu, des mois durant, l’endurance, la patience et aussi la compétence exceptionnelle d’un passionné de mécanique pour démonter le moteur, pièce par pièce,  roder les soupapes, redresser une tige de culbuteur coincé et tordu, nettoyer le carburateur, refaire une pompe à eau neuve dans des conditions d’accessibilité particulièrement difficiles. 

Et le jour J « la Bleue » reprenait la route de SAGY pour la fête de la moisson 2017
Retrouvant une cousine, une A 2065 fabriquée comme elle à Saint-Mars-La-Jaille en Loire Atlantique, quelques années plus tôt en 1951

(article rédigé le 04/10/2017 – Jean-Paul Herbin – Saillancourt)

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Dimanche 8 septembre 2019 : Fête de la Moisson et de la ruralité

Comme à chaque fête de la moisson Mr Henri Pétraszko est présent au côté de l’ancienne presse à paille
Mr Henri Pétraszko à l’ouvrage en train de passer les « aiguilles » qui permettent la séparation des balles
Médaille remise à Mr Henri Pétraszko par Mme Marie-Christine Cavecchi, Présidente du Conseil Départemental du Val d’Oise
Mr Henri Pétraszko avec son fils Christophe, Mme Marie-Christine Cavecchi et Mr Arnaud Bazin (sénateur du Val d’Oise)
Hommage des trompes Andelysiennes
La médaille offerte par Mme Marie-Christine Cavecchi représente le bâtiment du Conseil Départemental du Val d’Oise

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