Par Franck OLIVIER – Conseiller Municipal à SAGY de 2014 à 2020
Citoyen de proposition

La vigne interdite

Dans l’espoir de les libérer, des rebelles poursuivent les vinifications de six cépages interdits qui se cultivent sans pesticide,.

Six cépages sont interdits par la législation européenne : isabelle, clinton, jacquez, othello, herbemont et noah. L’énumération sonne comme une liste de mécréants à abattre. Mais c’est à l’arrachage qu’ont été condamnées ces six variétés de raisin le 24 décembre 1934.

À l’époque, les vignerons se sont opposés à l’interdiction qui, à leurs yeux, visait le vin du peuple : sous la vigne cultivée sur treille, à deux mètres du sol, on faisait pousser les légumes de son potager du dimanche.

En 2003, on a cessé de les considérer comme «interdits» pour les basculer dans la catégorie «non-autorisés». La culture et la consommation familiale sont tolérées, la commercialisation bannie. Les confitures et le jus de raisin, oui, le vin, non.

En l’occurrence, le club maudit des six interdits ne réclame pas ou très peu de pesticides pour produire du raisin.

Les réprouvés de la viticulture doivent leur sort à une série de mesures symboliques. Au XIXe siècle, le vignoble européen est ravagé par les maladies (l’oïdium, le phylloxera puis le mildiou). Des pieds de vigne américains qui résistent à ces maux traversent alors l’Atlantique. « Ces plants synthétisent eux-mêmes ce qu’on appelle des anticorps qui leur permettent de résister à l’attaque de la pourriture » explique Jules Chauvet, vigneron, chimiste et précurseur de la vinification naturelle.

Dans les années 1930 ils subissent un revirement de situation. De nombreux Français sont partis cultiver la vigne en Algérie et le vin arrive par milliers d’hectolitres. Une surproduction qu’il a fallu absorber. Les plus résistants deviennent alors les bouc-émissaires et l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao), en charge des appellations d’origine contrôlée [AOC], pèse dans cette décision.

Qu’encourent celles et ceux qui cultivent ces cépages aujourd’hui ? Pour leur santé, rien. Pour y goûter, l’entre-soi d’une association reste la voie la plus sûre. Ces associations brandissent leur verre d’Isabella en guise de désobéissance civique. Dégustations dans les conseils départementaux, ventes aux enchères, plantations, etc. En 2016, José Bové a même fait le déplacement au Parlement européen pour faire tournoyer sous le nez des politiques quelques crus de vins illégaux.

Des parfums de framboise et fraise caractérisent ces variétés anciennes. Ces vignes sont porteuses d’espoir pour une viticulture sans pesticide. Encore faut-il que l’Union européenne autorise le classement de ces hybrides dans les États membres qui le souhaiteraient pour une production commerciale des vins. Pour le moment, seule la culture commerciale est possible pour des usages autres que la vinification. Du raisin de table, par exemple.

La rareté de ces vins a déjà titillé la curiosité des œnophiles à l’affût de goûts qui sortent des sentiers battus. Les clubs de dégustation contactent désespérément les associations qui, pour éviter un glanage sauvage de quelques bouteilles, restent discrètes sur les chiffres de leur production maison annuelle.

Des boutures d’Isabella sont disponibles : à : http://www.regard-sur-sagy.fr/contactez-moi/

Ces vignes – jamais malades – sont particulièrement adaptées aux treilles et aux pergolas.

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