Par Franck OLIVIER – Conseiller Municipal à SAGY de 2014 à 2020
Citoyen de proposition

Le ru de Saillancourt (1ère partie)

Le mot ru vient du latin  » rivus  » et signifie  » ruisseau « . Il s’agit d’un terme hydrologique vieilli pour désigner des courants d’eau faibles et de petite profondeur. Cette image d’un ruisseau calme ne reflète pas tout à fait la réalité. L’origine et la formation du ru de Saillancourt remonte très loin dans l’histoire.

Au cours de l’ère Tertiaire, pendant 40 millions d’années (Ma), la mer a recouvert périodiquement le Vexin en une succession de cycles transgressifs et régressifs favorisant des dépôts sédimentaires de natures diverses : argile, grès, calcaire, marnes, gypse, sable, meulière.

Les derniers dépôts marins déposés au sommet du Stampien, il y a 25 Ma,  ont été les meulières que l’on retrouve par exemple à Boisemont, elles résultent d’une assise primitivement calcaire altérée en silice.


La limite océan/continent il y a 25 millions d’années

Tous les terrains ont été mis à l’affleurement lorsque la mer s’est définitivement retirée, subissant l’action continue des agents érosifs : pluies et ruissellements, gel,  au cours des variations climatiques chaudes et froides. Au cours de sa première moitié, le Miocène a connu une période chaude avec une végétation tropicale. À partir de -14,5 Ma, le climat se refroidit, ce qui se poursuit pendant le Pliocène, jusqu’à parvenir aux cycles glaciaires du Pléistocène.

Les sédiments les plus récents (-2,4 Ma) sur le plateau  au dessus de Saillancourt résultent de limons transportés par le vent dans les régions périglaciaires : le loess. Certaines poches contenant 2 à 3 mètres d’accumulation argileuse ont été exploitées à la briqueterie de Puiseux.

Le paysage actuel résulte donc de deux phénomènes contraires : le dépôt de couches superposées, puis leur découpe au gré de l’érosion.

Aujourd’hui, les dépôts de meulières se trouvent préservées au sommet des « buttes témoins », comme à Courdimanche, Marines, Cléry-en-Vexin où Aincourt. Ailleurs, l’érosion a décapé les couches les plus récentes jusqu’à atteindre en certains points le Mésozoïque. Á « Sagy village » le Tertiaire n’existe plus. Et au niveau de la place de Saillancourt, 40 millions d’histoire sédimentaire ont été effacés durant ces derniers 25 millions d’années : la vitesse d’érosion est plus grande que la vitesse de dépôt. Plus de 110 mètres de sédiments ont été emportés par le ru (Altitude : château d’eau à l’Hautil : 185m, Saillancourt : 75 m, Sagy 50 m), ont rejoint l’océan et formé de nouvelles couches sédimentaires.

L’érosion hydrique est un phénomène discontinu, principalement de type « catastrophique« . De  façon cyclique, le ruissellement provoque des coulées de boues. Des exemples récents ont tristement illustré le côté brutal et dévastateur de ces épisodes torrentiels.

Les coulées de boue, composées d’au minimum 30 % d’eau et 50 % de limons se forment sur des versants et se manifestent dans les régions arides et semi-arides  après de longues périodes de sécheresse suivies d’averses  torrentielles. Ce phénomène hydrologique se produit également  par ruissellement,  lorsque des terrains, en pente, ont accumulé d’importantes précipitations.

L’érosion des sols est bien connue des agriculteurs :  « La vigueur des pentes favorise l’évacuation par le ruissellement des sédiments arrachés à la surface du sol. La perte en sol peut être de l’ordre de 100t/ha en un seul orage dont une bonne partie s’accumule à la base des versants ou dans le lit de petits cours d’eau (Auzet, 1990) ». (L’agriculture et l’érosion des sols : importance en France de l’érosion liée aux pratiques agricoles. Anne-Véronique Auzet, Marie-Claude Guerrini, Tatiana Muxart. Économie rurale Année 1992, 208-209, pp. 105-110).

Pourquoi un ru à Saillancourt ?

Saillancourt se trouve à l’extrémité d’une structure tectonique que l’on appelle : « l’anticlinal de Vigny » qui a commencé à se former il y a 50 millions d’années après que la plaque continentale  ibérique (l’Espagne et le Portugal d’aujourd’hui) soit entrée en collision avec la plaque ouest-européenne.

Lorsque se crée un anticlinal, les processus d’érosion commencent toujours par entailler le sommet en formant une combe, c’est-à-dire une vallée creusée dans l’axe du pli et dominée de chaque côté par des versants, les crêts. Á Saillancourt, cette érosion du toit de l’anticlinal de Vigny s’est exercée jusqu’à atteindre aujourd’hui une couche d’argiles plastiques imperméables, le « Sparnacien », sur laquelle repose un aquifère, et d’où s’écoulent des sources. Cette couche, composée d’argiles gonflantes de type smectite, est ici épaisse d’environ 12 mètres (cf. forage exécuté sur la place de Saillancourt le 7 janvier 2015).

La rue du Charné et la rue de la Goupillère correspondent aux crêts de la vallée du ru de Saillancourt, qui a pour fonction de collecter les eaux de ruissellement en se frayant un chemin dans un verrou topographique étroit, entre l’habitat et la route.

Le paysage initial de Saillancourt avant toute urbanisation ressemblait probablement à celui de la vallée de Nucourt. Les premières constructions et la voie principale de circulation du hameau, ont été réalisées  sur les terrains les plus stables, en de ça de l’espace dévoué à l’écoulement des eaux du ru et des eaux pluviales.

Les plans cadastraux du début du 19ième siècle figurent la route actuelle à flanc de coteaux  (côté impair de la rue de la Vallée), avec un foncier réparti de part et d’autre de la voie et laissant libre une large plaine alluviale pour le ravin. Les sources de la place de Saillancourt sont raccordées au ru afin de drainer le sol et ainsi faciliter la circulation des hommes et des marchandises.

Le hameau de Saillancourt au début du 20ième siècle. Photo prise depuis la « sente rurale dite des Croyettes » qui rejoignait « le chemin de Pontoise » sur le plateau. Le nom de « Croyette » vient de la région de la Champagne, où il correspond à des terrains calcaires silicifiés.

Carte postale prise avant la construction du chemin de fer (début du 20ième siècle). A la fin du 19ième siècle, l’écoulement gravitaire des sources depuis la place a été enterré et le passage du gué remplacé par un pont. Le niveau d’écoulement du ru se situe à environ 1,2 mètre de profondeur.

De nos jours la source de la place de Saillancourt s’écoule par une conduite PVC Ø 100 mm jusqu’à un regard en béton 50x50cm, où le trop plein s’infiltre en saturant les terrains de comblement de l’abreuvoir. Le débit mesuré le 12 juin 2014 a pu être estimé à 3 litres par minute soit 4 m3 par jour. La capter, la conduire au lavoir par exemple, puis au ru, comme autrefois bénéficierait au bâti de proximité en limitant les phénomènes de capillarité.

L’abreuvoir et la source avant le comblement

Collecte des eaux pluviales

Deux bassins versants alimentent le ru de Saillancourt : le bois de la Taillette (Menucourt) et le bois de l’Orient (Boisemont –Courdimanche).

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Á suivre … Le ru de Saillancourt (2ème partie)

J-P Herbin – Le 3 décembre 2020

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