Par Franck Olivier – Conseiller Municipal à Sagy 95 Val d'Oise
Elu de proposition

Les nouvelles de l’eau 2019

L’affichage en mairie ne fait pas état de la qualité de l’eau provenant de la source de la Douée. Les analyses bactériologiques effectuées au cours des premiers trimestres 2019 ne présentent pas d’anomalies.  Les habitants constatent néanmoins une détérioration du goût et de l’odeur due à la présence de chlore selon des taux variables mais suivant une courbe à la hausse.

Le SIEVA UDI RSVRS VIGNY dessert les communes d’Ableiges, Commeny, Condecourt, Gouzangrez, Le Perchay, Sagy-bourg, Us, Vigny-bord’haut. Le prélèvement du 5 août 2019 effectué à Us présente un taux d’Atrazine Déséthyl Déisopropyl de 0,137 µg/L tandis que la limite de qualité est ≤ 0.1 µg/L. L’ARS (Agence Régional de Santé) indique : « Eau non-conforme à la limite de qualité réglementaire (0,1µg/L) en vigueur pour le paramètre « atrazine déséthyl déisopropyl ». La population alimentée par cette eau doit être informée de cette situation de non-conformité. Si la situation devait perdurer, un plan d’actions devra être mis en place afin de distribuer une eau conforme à la réglementation ». Ces résultats d’analyses devraient être affichés.

Les dépassements de ces molécules sont nombreux depuis une vingtaine d’années sans toutefois avoir déclencher d’actions spécifiques pour améliorer la qualité de l’eau provenant de la source de la Douée et sans que la population n’en soit informée autrement que par les publications de «  Que Choisir ».

« Le Monde » du 20 septembre 2019 publie une carte de la « consommation 2017 de pesticides en France », classés par l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) comme étant les plus dangereux pour la santé et l’environnement, dans laquelle figurent  les communes du Vexin. Un numéro de La Recherche : « Ces molécules qui nous empoisonnent » paru en avril 2019, traite des diverses pollutions portant atteinte à la santé humaine dont les pesticides perturbateurs endocriniens aux effets pouvant se répercuter sur 2, voire 3 générations. L’attitude des industriels qui vise à retarder les restrictions y est dénoncée. Les auteurs insistent sur l’impact de l’effet cocktail, qui veut que même à doses infimes, l’interactivité de ces substances entre elles se révèle dangereuse. Des études sont menées pour déterminer l’ensemble des facteurs environnementaux auxquels un individu est exposé depuis sa conception et tenter d’en évaluer les risques encourus.

Le réchauffement de la planète est un autre facteur de risque affectant notre alimentation en eau. L’article « Notre précieuse eau du robinet » paru dans le magazine National Géographic de mars dernier, cite la protection des captages comme une bonne solution, mais « le changement climatique pourrait aggraver la qualité des cours d’eau : si le débit des rivières diminue, la concentration des polluants augmentera ».  Une préoccupation qui prend une place importante dans la gestion prospective des ressources en eau. Ce point a été abordé par Mr Jean Marie LARDY, hydrogéologue, accompagnateur de la balade « Géologie et archéologie » organisée par le CAS, le 1er septembre dernier. Les effets du changement climatique sur la ressource en eau se font sentir, on note en effet une diminution du niveau de la nappe Yprésienne dans le Vexin. Un habitant a fait remarquer que son niveau piézométrique  avait baissé cette année de 40 cm à Saillancourt ce qui, pour Mr LARDY est tout à fait exceptionnel. Un autre habitant de Saillancourt a fait part de mouvement de retrait des argiles plastiques dans la rue du Charné (on pourra à ce titre se reporter à l’article : http://www.regard-sur-sagy.fr/alea-retrait-gonflement-des-sols-argileux-rapport-brgm-juillet-2004/)

Alors que les réserves d’eau issues de nappes fossiles constituées par filtration au cours des millénaires précédents ne sont pas renouvelables à moyen terme, l’eau issue de nappes phréatiques superficielles dépend des précipitations saisonnières, la ressource en eau disponible et quantifiable au jour le jour représente un enjeu primordial pour les conditions de vie et le développement de la population face à la croissance démographique et au changement climatique.

De mars à juin 2018, le PNR a organisé une formation de 4 jours à l’intention des élus qui devait « leur permettre  de communiquer avec leurs administrés sur les enjeux du territoire et la protection de la ressource en eau face aux impacts du changement climatique. » (Couleurs du Vexin n° 62 de novembre 2018).

Actuellement, le SIEVA n’a pas de solutions de secours. La source de la Douée est une ressource unique. Il n’existe pas d’interconnexions établies avec d’autres réseaux de distribution et les puits tests forés en 2014 et 2015  se sont révélés inutilisables. Le SIEVA explique l’impasse dans laquelle il se trouve dans les deux derniers paragraphes de « La brève de l’eau » diffusée aux abonnés  en mai dernier.  Il annonce l’augmentation du prix de l’eau pour réaliser « une recherche en eau ». «  Il s’agit de la première étape d’un processus sur plusieurs années qui s’achèvera avec la mise en service du second point de captage »Solution pour « assurer la pérennité du SIEVA, petit syndicat opérant en zone rurale ». Appelés à participer financièrement  aux travaux  d’amélioration du réseau de distribution de l’eau, les abonnés sont en droit d’attendre un suivi de la démarche qualité engagée par le SIEVA, ce qui fera sans doute l’objet de la lettre de l’eau n°3. 

Du fait de la pollution par les plastiques (rappel : 100 millions de tonnes de plastique par an se transforment en polluants terrestres ou marins), l’eau de source conditionnée dans des bouteilles en PET (polytéréphtalate d’éthylène) n’est pas non plus la solution idéale. Si sur une année, les 9 136 habitants desservis en eau potable par le SIEVA s’étaient convertis à l’eau minérale, à raison de 1 litre d’eau par personne et par jour, c’est le recyclage de 2 223 093 bouteilles de 1,5 litre que le SMIRTOM aurait dû  gérer !

En tant qu’élu municipal je suis intervenu, à diverses reprises depuis 2014, pour faire valoir le droit du citoyen à l’information et au respect de sa santé. Sachant qu’il est déconseillé aux femmes enceintes et aux jeunes enfants de consommer de l’eau déclarée non conforme aux  normes sanitaires européennes et les conséquences sur la santé humaine de l’absorption de molécules chimiques, l’information régulière de la population est un acte de prévention également revendiquée par l’ARS : « la population alimentée par cette eau doit être informée de cette situation de non-conformité ».

En août, pendant la canicule, les sagyiennes et sagyiens, ainsi que les habitants des communes voisines, ont bu 0,137 µg/L d’Atrazine Déséthyl Déisopropyl au robinet. Pendant ce mois d’été, à raison d’un litre par jour, petits ou grands, les habitants du village ont absorbé – à leur insu 4,25 µg d’Atrazine Déséthyl Déisopropyl ! Le dire n’est pas « clivant », je suis en effet profondément convaincu en tant qu’élu, qu’il faut agir avec détermination afin de préserver la qualité et la protection de notre ressource en eau  pour la santé de tous.

Lors du Conseil Municipal du 28 juin 2019 j’ai été le seul élu à voter pour le transfert de la compétence « eau » à la CCVC au 1er janvier 2020 (voir mail ci-dessous), 14 conseillers votant pour le transfert au 1er janvier 2026. ( http://www.regard-sur-sagy.fr/conseil-municipal-du-vendredi-28-juin-2019/ ). Donner plus de moyens aux syndicats des eaux pour améliorer la qualité de l’eau tenait pourtant du bon sens, reporter ce « transfert obligatoire » à 2026  ne peut qu’aggraver la situation actuelle.

Mr le Maire

La délibération au sujet du transfert obligatoire de la compétence « eau » n’a pas fait l’objet d’un comité environnement et figure bien à l’ordre du jour. Vendredi les conseillers municipaux  ne disposeront pas de l’ensemble des éclairages nécessaires à cette prise de décision.

L’eau potable est un enjeu considérable pour tous les habitants de la CCVC (pour l’humanité en général), c’est un bien commun. Nous connaissons tous, les problèmes liés à la distribution d’eau dans nos communes (fuites, pesticides, vétusté du circuit de distribution, recherche d’un point de captage supplémentaire, etc…).

Transférer cette compétence à la CCVC, afin de donner plus de moyens aux syndicats des eaux, pour améliorer la situation tient du bon sens, la reporter à 2026  ne pourra qu’aggraver la situation actuelle.

Mr le Maire je vous demande de réunir un comité environnement avant le CM du vendredi 28 juin 2019 ou bien d’annuler la délibération.

Franck Olivier – élu municipal

Précédents articles sur l’eau :

http://www.regard-sur-sagy.fr/leau-du-robinet-a-sagy-non-conforme-a-la-limite-de-qualite/http://www.regard-sur-sagy.fr/quest-ce-que-la-democratie-sanitaire/

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