Par Franck OLIVIER – Conseiller Municipal à SAGY de 2014 à 2020
Citoyen de proposition

SAGY, vendredi 10 octobre 2025 Conseil Municipal ou « Partie de Monopoly »

En 1903, Élizabeth Magie invente The Landlord’s Game (Le Jeu du propriétaire foncier), un jeu de société ayant pour but de montrer la « nature antisociale du monopole sur le sol ».

Élizabeth Magie conçoit le jeu pour démontrer les conséquences habituelles de l’accaparement des biens. Elle s’inspire des principes économiques énoncés par Henry George (*), tentant ainsi de démontrer que les rentes issues de l’accumulation de capital foncier dans les mêmes mains enrichissent les propriétaires fonciers et appauvrissent les locataires. Voyant la difficulté de ses contemporains à comprendre les inconvénients d’une telle organisation sociale et économique, pourtant largement acceptée, elle veut montrer de manière pédagogique comment ils doivent être compensés. Elle souhaite également que les enfants perçoivent l’injustice d’un tel système et qu’ils puissent tirer des leçons qu’ils pourront appliquer à l’âge adulte : le jeu dénonce les excès du capitalisme de rente.

(*) Henry George (1839 – 1897) est un économiste, homme politique américain qui a élaboré et promu un projet de réforme fiscale basée sur le concept d’impôt unique foncier : impôt ayant comme assiette la surface du sol détenu par le ménage propriétaire imposé.

Durant les années 1910 et 1920, la diffusion de ce jeu politiquement marqué s’étend sur le territoire des États-Unis. En 1931, Charles Darrow, au chômage depuis la crise de 1929, découvre le jeu grâce à des voisins. Il crée alors un jeu quasiment identique, son prototype étant réalisé dans une toile cirée, avec des morceaux de bois pour figurer les maisons et les hôtels, alors que les cartes sont écrites à la main et que, selon la légende, les pièces seraient issues d’un bracelet de sa femme. Il le propose à Parker Brothers, qui le refuse notamment parce qu’il était trop complexe; l’éditeur dresse au total une liste de 52 défauts rédhibitoires pour accepter le jeu. Charles Darrow commercialise alors le jeu par ses propres moyens et obtient un succès tel qu’en 1935, Parker Brothers lui achète les droits du jeu.

Le rôle d’Élizabeth Magie dans l’histoire du Monopoly est redécouvert au cours des années 1970 lorsque l’éditeur Parker Brothers intente un procès à Ralph Anspach, qui enseigne l’économie à l’université et commercialise un Anti-Monopoly (*). Pour assurer sa défense, Anspach effectue des recherches sur l’origine du jeu de société et apprend l’existence du brevet d’Élizabeth Magie. Après plusieurs années de procédure, la plainte de la société Parker est rejetée par la Cour d’appel, puis par la Cour suprême.

(*) Son idée était de démontrer à quel point les monopoles sont dangereux dans un système de libre marché.

Aujourd’hui le but du jeu du Monopoly consiste à ruiner ses adversaires par des opérations immobilières.

« Lorsqu’un joueur est propriétaire d’une case, les autres joueurs doivent lui payer un loyer lorsqu’ils arrivent dessus. Le montant du loyer dépend de la case, mais aussi du nombre de constructions dessus si le propriétaire possède toutes les cases de la même couleur (*). On peut définir la rentabilité d’une case comme étant le rapport entre l’investissement consenti par le propriétaire, achat du terrain et des constructions éventuelles, et le loyer qu’il peut ainsi percevoir. Cette rentabilité n’est pas nécessairement optimale lorsque le nombre de constructions est maximal. En fait la rentabilité d’une case est significativement améliorée par la construction d’hôtels seulement pour les quartiers bleu clair, orange et violet. De plus à montant d’investissement égal, certains quartiers rapportent plus que d’autres : investir 107 000 F sur les terrains bleu clair rapporte en moyenne 57 500 F chaque fois qu’un adversaire tombe dans une rue du quartier; investir la même somme sur le quartier bleu foncé n’en rapportera que 20 000 F. Selon l’argent dont on dispose, il faut donc choisir prudemment sur quelle case investir ».

(*) Par exemple toutes les maisons d’une Grand’Place.

Déroulement du Conseil Municipal du 10 octobre  2025

L’ordre du jour comportait 4 délibérations sur le suivi des affaires générales approuvées à l’unanimité par les membres du conseil :

  1. Approbation de la Charte révisée du Parc naturel régional du Vexin français,
  2. Adhésion des 5 communes listées au SIEVAM
  3. Recette de 293 € relative au passage de la canalisation du Gaz ENGIE sur le territoire communal.
  4. Renégociation du contrat groupe d’assurance garantissant les obligations des collectivités envers leur personnel par le CIG, (Centre Interdépartemental de Gestion).

Les 8 délibérations suivantes concernent les opérations immobilières dans lesquelles les membres du conseil municipal engagent la commune de Sagy, à partir des arguments mis en avant par Mr le Maire et les adjoints. 

Il s’agit pour Mr le Maire et les élu(e)s d’appliquer la règle de base du Monopoly : définir la rentabilité d’une case comme étant le rapport entre l’investissement consenti par le propriétaire, achat du terrain, constructions éventuelles et le revenu qu’il peut ainsi percevoir.

On comprend bien que la rentabilité d’une opération immobilière dépend d’une étude économique sérieuse mettant en jeu une multitude de paramètres incluant les disponibilités financières, les provisions pour dépenses imprévues (rénovation aléatoire de l’ancien bâti, augmentation des matériaux, de l’énergie) et les charges récurrentes liées à la propriété

Mr le Maire proposent l’achat de 2 propriétés situées dans le Village, qu’il considère comme des « opportunités à saisir dans le but d’enrichir le patrimoine de la commune ».

Le choix de l’intitulé des résolutions appuie fortement sur cet argument :

Opportunité d’acquisition d’un bien au 4 rue de la Mairie

Opportunité d’acquisition d’un bien au 4 et 6 Grand’Place

Dans le cas du 4 rue de la Mairie, la maison est à vendre pour un montant de 165 000 € ce qui, au dire d’un adjoint est « un prix modéré vu la surface ». L‘état serait « ancien » signifiant que tout est entièrement à faire : huisseries, isolation des murs, plomberie, chauffage, électricité, et bien sûr peintures. L’état des lieux et l’aménagement à venir réalisés avec l’aide d’un architecte d’intérieur ont été définis comme suit :

  • Au rez de chaussée, un studio de 30 m2 plus une de salle de 40 m2 éventuellement aménageable au profit de la mairie et/ou associations.
  • A l’étage, 2 appartements de 90 m2 et 100 m2.
  • Plus un local dit, dans un premier temps « local technique » (pose outils) mais, d’après la discussion, les élu(e)s pourraient décider ultérieurement de lui donner une autre affectation.

Autre argument, ce bien répondra au besoin de petit logement mais aussi au potentiel de scolarisation de l’école de Sagy en logeant des familles.

L’achat devrait être effectué courant février 2026, mais les travaux importants demanderont évidemment du temps retardant la rentabilité financière d’autant.

A noter qu’au soir du conseil municipal, seuls M. le Maire, M. Papillon, Mme Boudin et M. Bézard ont visité les lieux. Néanmoins : vote pour à l’unanimité.

 

Achat du « 4 et 6 Grand’Place » pour un montant de 300 000 €. M. le Maire va demander une estimation au Domaine. La commune n’a pas les moyens de réaliser les travaux nécessaires à la rénovation de bâtiment. Un budget de 100 000 € serait toutefois envisagé pour « améliorer le confort du café ».

L’intérêt de cet investissement se limite à devenir propriétaire « une opportunité attendue depuis 13 ans », selon Mr le Maire. Il s’agit en fait d’une acquisition à rentabilité nulle voire une perte financière, loin de l’enrichissement municipal annoncé haut et fort.

Les membres du conseil municipal n’ont pas visité les bâtiments mais se rangent sans hésiter aux côtés de Mr le Maire pour leur acquisition.

A aucun moment les charges financières, tels que les impôts, assurances, frais d’entretien ne sont évoqués.

Néanmoins : vote pour à l’unanimité.

 

Les 5 dernières délibérations, concernent les dossiers de demandes de subventions et souscription d’emprunt pour financer ces investissements et la régularisation des opérations comptables .

L’investissement relatif à l’acquisition du 4 rue de la Mairie proviendrait en partie de la subvention contrat rural à hauteur de 500 000 € HT éligibles (achat 165 000€ et travaux estimés à 335 000€) soit une subvention totale de 70% se répartissant entre 40% accordés par la région Ile de France et 30% accordés par le département. Si la subvention est attribuée le reste à charge pour la commune atteint 150 000€.

En ce qui concerne l’acquisition du 4 et 6 Grand’Place, le financement ferait l’objet de demandes de subventions au titre de la Dotation d’Équipement des Territoires Ruraux et d’aides diverses aux commerces ruraux, de la part du Conseil Départemental et du Conseil Régional.

En supposant toutes les subventions obtenues, la commune devra néanmoins emprunter une somme de 420 000€. La Caisse d’Épargne d’Ile de France propose ce prêt au taux de 4,14% sur 20 ans correspondant à des annuités de 31 452€. Vote pour à l’unanimité.

Le financement annoncé repose sur l’obtention effective des subventions dans la mesure où les collectivités départementales et régionales n’auront pas été minorés ou orientés vers d’autres priorités. Un adjoint appelle à la prudence compte tenu de la situation économique et des restrictions possibles de dotations de la part de l‘état mais n’entame en rien la volonté et l’optimisme de Mr le Maire quant à la réussite des opportunités immobilières engagées.

Il faut cependant rappeler que les impôts font vivre toutes les collectivités territoriales, régionales , départementales ou municipales. C’est vrai pour tout investissement qu’il soit financé par subventions, emprunt ou provisionnement local.  Imaginons un instant que chaque commune dépense 900 000 € de trésorerie (subventions + impôts locaux) sur de telles « opportunités« , 34 934 communes engageraient alors 31 milliards du budget de l’état qui en cherche 40 pour faire des économies !

Il est 20h15, fin du dernier acte, M. le Maire se lève, pour féliciter nommément chaque élu(e) pour avoir pris des décisions importantes et courageuses. Il sort de sa poche une carte Monopoly (distribuée actuellement par Carrefour Market) et explique «  qu’il ne joue pas au Monopoly comme certains le disent mais qu’il saisit les opportunités pour enrichir le patrimoine de la commune »  (*) .

Il n’a certes pas pensé à remercier les sagyiennes et les sagyens, les sans voix, qui n’ont pas eu  à donner leur avis, mais qui paieront via leurs impôts, jusqu’en 2045,  les investissements votés ce 10 octobre 2025, auxquels, il faudra ajouter les frais d’entretien et les charges, taxes foncières, assurances, abonnements électricité-eau, suivi de conduite de chantier, incidents non prévisibles. A noter qu’au cours de cette mandature, les élus n’ont pas souhaité créer de comités citoyens « finance ».

Il a été confirmé que les travaux d’enfouissement des lignes électriques prévu à Saillancourt seront bien effectués. Il est toutefois vraisemblable qu’au cours des 20 années de durée du prêt, l’entretien de l’immeuble du 4 et 6 Grand’Place, non rénové aujourd’hui, nécessite un budget travaux supplémentaire.

Plus globalement,  nous pouvons craindre que l’endettement et les charges pesant sur la commune nuisent au développement de projets communaux à venir tels que la rénovation énergétique des bâtiments publics, entretien et aménagement du territoire et des biens communs.  La mairie n’a pas vocation à gérer des biens immobiliers ou commerciaux. L’acquisition du café ne serait-elle pas une « opportunité » pour le gérant actuel du café qui peut également bénéficier de subventions et d’aides pour acquérir son commerce et mener à bien son activité ?

(*) Conforme à la réalité des faits.

Conclusion : une enveloppe de 900 000 euros d’investissements nouveaux pour la commune (achat de biens et travaux) votée après deux réunions de 1h30 en petit comité juste avant les élections municipales. Les « opportunités » de Mr le Maire ne sont pas forcément les priorités des citoyens. Quid de l’entretien du village, des passoires thermiques communales : mairie, école, musée, etc, … et du coût de fonctionnement : consommation annuelle d’énergie : il existe d’autres priorités.

——————————–

« Contact » : 13/10/2025 17:28 – Info communiquée par un lecteur :

https://www.la-vie-nouvelle.fr/infos/droit-et-chiffre/les-modalites-dachat-dun-bien-immobilier-par-une-mairie/

« Avant d’arriver à l’acquisition, quelques étapes restent à franchir.

  • En premier lieu, l’obtention de l’avis de la Direction de l’immobilier de l’État, obligatoire au-delà d’un prix de 180 000 euros, qui doit faire partie de la convocation adressée aux élus, contenant la proposition d’acquérir.

En séance il n’a pas été mentionné une obtention de l’avis de la Direction de l’immobilier de l’État pour l’opportunité du bien situé 4/6 Grand’Place d’une valeur de 300 000 €.

  • En second lieu, les éléments factuels et intentionnels qui vont permettre à l’organe délibérant de prendre position sur l’acquisition immobilière.
  • Ensuite, les formalités de publicité de la délibération (modifiées par l’ordonnance du 7 octobre 2021 et son décret d’application) et de transmission en préfecture qui rendent la délibération exécutoire et permettent, sans qu’aucun délai ne soit applicable, de signer l’acte d’acquisition« .

Commentaires fermés.

Archives