Le gui, un hémiparasite qui alimente mythes et légendes
Le gui est une plante suceuse de sève qui vit au dépend d’une quarantaine d’arbres.
Le gui ne pousse pas partout. Le gui apparaît surtout lorsque l’arbre qu’il parasite pousse sur un sol calcaire.
Tel un vampire, le gui aspire la sève des plantes hôtes pour se nourrir et croître jusqu’à anéantissement complet du sujet. Un seul remède, la suppression des pousses avant succion complète !
Un parasite est un organisme animal – ou végétal – qui se nourrit aux dépens d’un organisme hôte d’une espèce différente, de façon permanente ou pendant une phase de son cycle vital.
Le gui est un exemple de plante parasite permanente. On le trouve sur différentes variétés d’arbres : peupliers, saules, pommiers.
Le gui est une plante dioïque ce qui signifie qu’il existe des pieds mâles (avec des fleurs mâles) distincts des pieds femelles (avec des fleurs femelles).
Rappel : de façon générale les fleurs contiennent à la fois les organes mâles et les organes femelles. Sur une fleur de pommier par exemple, on peut distinguer, au cœur des pétales, le pistil qui contient l’ovaire (partie femelle) entouré des étamines, dont le pollen (partie mâle) va féconder l’ovule et former un fruit : la pomme.
Chez le gui il y a des pieds avec des fleurs mâles :
Et des pieds avec des fleurs femelles (avec quatre sépales) :
Seules les pieds femelles donnent des fruits.
Touffes femelles avec des jeunes fruits et des fleurs femelles non épanouies :
Jeunes fruits encore verts en été, on remarque les cicatrices des quatre sépales au sommet du fruit :
Fruits mûrs en hiver :
Coupe des baies : on voit la graine à l’intérieur :
Les graines se collent aux branches par la viscine, substance gluante, qui les entoure.
- Filaments de viscine en pressant sur une baie et en étirant la viscine entre les doigts.
- Viscine extraite de son enveloppe translucide
- Fixation de la graine au substrat par l’intermédiaire de la viscine
- Graine chlorophyllienne extraite de son enveloppe de viscine
Lorsque les graines germent, un organe cylindrique vert, l’hypocotyle, terminé par un renflement rond émerge, puis progressivement, en plusieurs semaines, se recourbe et se dirige vers le support. Ce mouvement de courbure de l’hypocotyle s’opère en sens inverse de la lumière : il s’agit d’un phototropisme négatif. C’est encore une particularité du gui, puisque chez la plupart des plantes, la jeune tige qui sort de la graine se dirige au contraire en direction de la lumière, par un phototropisme positif.
Le système de pompage de la sève brute est constitué de suçoirs
La jeune plantule fonctionne comme un véritable « clou végétal » qui perfore l’écorce de l’hôte afin d’atteindre les tissus au niveau de la couche de bois vivant.
Le cône, devenu un suçoir primaire, produit des cordons qui vont s’insinuer sous l’écorce et vont eux même produire des suçoirs secondaires se développant comme le suçoir primaire. Suçoir primaire et suçoirs secondaires vont alors puiser l’eau et les sels minéraux qui constituent la sève brute.
La floraison des rameaux du gui débute quatre à cinq années après la fixation.
Dispersion des baies
Le gui connaît de très fortes contraintes quant à la dispersion de ses graines. Pour germer et donner un nouveau pied, une graine de gui doit atterrir sur une branche pas trop petite, vers son extrémité et plutôt par en dessous. Le gui requiert donc une grande précision dans la « livraison » des graines à bon port.
La graine doit être extraite du fruit par un oiseau frugivore et, après un déplacement minimal, se retrouver collée sur une branche.
Les grives et les merles, ont un bec et un gosier suffisamment large pour avaler les baies entières, sans les entamer. Le fruit traverse le tube digestif et subit l’attaque des sucs digestifs : la peau nutritive est entièrement digérée mais une bonne partie de la viscine reste intacte ainsi que la graine résistante. Lorsque l’oiseau défèque les graines et leur couche de viscine sont expulsées et pendent au bout de longs filaments de visicine. L’ensemble forme un chapelet de graines qui, lors de sa chute, pourra être intercepté éventuellement par une branche.
Parmi les espèces de grives et merles capables de manger ces baies, la grive draine, la plus grosse d’entre eux, s’avère être la plus assidue sur les touffes de gui en hiver. Même si elle consomme diverses autres baies, elle se montre très dépendante des touffes de gui, notamment lors des hivers très froids. Ces oiseaux tendent même à prendre possession individuellement de plusieurs arbres porteurs de gui et de les défendre contre les visites de tout autre espèce oiseau.
Ainsi, en cas de coup de froid et notamment de neige, les grives draines disposent d’un garde-manger assuré car les baies du gui ne tombent pas spontanément avant le printemps. Par contre, ces fruits ne leur apportent que peu de nourriture effective (en pratique la peau !) si bien qu’elles doivent en consommer beaucoup pour survivre : encore un avantage pour le gui car ceci augmente d’autant ses chances de dispersion !
D’autres oiseaux peuvent ponctuellement pratiquer de même : le pigeon ramier, le geai, l’étourneau sansonnet.
Les passereaux plus petits ne peuvent avaler directement ces baies. C’est le cas de la fauvette à tête noire, autre espèce très attachée aux touffes de gui en hiver qui procède d’une toute autre manière. Elle se nourrit de la partie sucrée et se débarrasse de la graine et des téguments en essuyant son bec sur la branche.
Des oiseaux, comme les mésanges, les rouge gorges peuvent alors s’intéresser à ces graines extraites par les fauvettes pour les consommer et en laisser échapper certaines à cette occasion.
Les grives draines ingèrent en moyenne 10 à 18 baies de gui, quantité qui nécessite une pause digestion de 15 à 20 minutes. Avec une vitesse de vol migratoire de l’ordre de 40km/h, une grive peut potentiellement parcourir une quinzaine de kilomètres avant de déféquer les restes de ce repas.
Les fauvettes à tête noire se contentent de quelques touffes bien fournies en fruits pour passer l’hiver. Une fauvette consomme 4 à 5 baies avant de faire une pause digestive; ainsi, les graines redéposées dans un rayon de quelques mètres autour de la touffe de gui. Elle agit comme agent de dispersion à très courte distance et provoque souvent une sur-infestation d’un arbre déjà porteur de gui.
Plus de 300 heures d’observations et de vidéos ont permis d’identifier les espèces participant à la dispersion du gui, que l’on peut répartir en quatre groupes fonctionnels. 90% des visites concernent des « grands généralistes », comme des grives et merles de taille moyenne (merle à plastron, merle noir, grive draine, grive litorne, grive mauvis, grive musicienne) avec la grive draine très largement en tête.
4,3% des visites concernent des « petits généralistes » qui extirpent les graines sans les avaler : la fauvette à tête noire et le rouge-gorge. Il y a un groupe « d’opportunistes » (5,7%) comme les mésanges (bleue, charbonnière et à longue queue) qui déplacent des graines collées sur les branches. Enfin, restent quelques visites de granivores ou insectivores qui entrent dans les touffes de gui mais ne touchent pas aux fruits ni aux graines comme le verdier, le gros-bec ou la mésange huppée. Ils peuvent néanmoins exceptionnellement voir une graine se coller sur leur plumage !
« Amour, prospérité, éternité », les symboles associés au gui
La superstition du gui est ancestrale. Le gui se retrouve dans de nombreuses mythologies celtes, germaniques et antiques.
En Scandinavie le démon Loki, par jalousie, tua le dieu soleil Baldut lui décochant une flèche empoisonnée avec du gui. Preyla, déesse de l’amour, implore les dieux de redonner vie à Baldut, promettant alors d’embrasser quiconque passerait sous le gui. Évidemment, Baldut ressuscite. De cette légende est issue la coutume du baiser sous le gui, dès lors symbole de l’amour.
Surnommé par les Celtes « la plante qui guérit tout », le gui protégeait des maladies et des poisons et des mauvais sorts et assurait la fertilité. Les druides voyaient en lui un symbole d’immortalité. La sixième nuit du solstice d’hiver, la « nuit mère », c’est à dire la première nuit de l’année celtique, ils coupaient le gui en s’exclamant « O Ghel an Heu », expression celtique qui signifie « Que le blé germe ! ». Une invocation au printemps à venir. Au fil du temps, l’expression s’est déformée pour vouloir dire : « Au gui l’an neuf ».
En 52 av. J.-C. Jules César constate dans « Commentaires sur la guerre des Gaules » : « Le gui est fort difficile à trouver. Quand on l’a découvert, les druides vont le chercher avec respect et toujours le sixième jour de la lune. Lorsque les druides ont préparé sous l’arbre tout l’appareil du sacrifice et du festin qu’ils doivent y faire, ils font approcher deux taureaux blancs qu’on attache alors par les cornes ; ensuite un prêtre en robe blanche monte sur l’arbre et coupe avec une serpette d’or le gui… Les druides croient que l’eau où l’on a fait tremper le gui rend féconds tous les animaux qui en boivent et qu’elle est un remède spécifique contre toute espèce de poisons. La cérémonie de cueillir le gui est la plus solennelle de toutes celles que pratiquaient les druides. »
Au 4e siècle, la vénération du gui fut bannie et lorsque la fête de Noël remplaça la fête païenne du « Sol Invictus » (fête de Mithra, le dieu du soleil), le houx, avec ses feuilles piquantes, prit la place du gui en rappelant les épines de la couronne du Christ.
Mais le gui resta dans les coutumes populaires et s’embrasser sous le gui le 1er janvier est encore aujourd’hui un symbole de prospérité pour la nouvelle année.
« La Tradition du baiser sous le gui » par Karl Witkowski
Ainsi, le houx est associé à Noël, et le gui au Nouvel An !
Mais attention à la toxicité du gui.
L’ingestion de baies de gui provoque des troubles cardiaques (troubles du rythme cardiaque, baisse de la pression artérielle…) ou neurologiques (somnolence…) et les baies de houx des troubles digestifs comme des nausées, des vomissements et des douleurs abdominales.
Références :
https://www.zoom-nature.fr/un-specialiste-disperse-par-des-generalistes/























