Par Franck OLIVIER – Conseiller Municipal à SAGY de 2014 à 2020
Citoyen de proposition

De MIRAPOLIS à DRAGON BALL

Article publié le 25 août 2026, actualisé le 4 septembre 2026

Inauguré le 20 mai 1987 à Courdimanche, Mirapolis était le premier grand parc d’attractions à thème en France, pensé pour rivaliser avec le modèle américain avant l’arrivée d’Euro Disneyland.

1983 – 1986 : L’architecte Anne Fourcade imagine un parc dédié aux contes et à la littérature française (Gargantua, les Fables de La Fontaine, les romans de Jules Verne). Le projet, soutenu par le milliardaire saoudien Saudi Gaith Pharaon et le Club Méditerranée, coûte environ 500 millions de francs.

Inauguration en grande pompe le 20 mai 1987, le parc ouvre ses portes avec pour emblème une statue de Gargantua de 35 mètres de haut (la plus grande statue creuse d’Europe à l’époque). L’humoriste Carlos en est le parrain officiel.

1987 – 1989 : Le parc fait face à des pannes à répétition, des problèmes d’accès, une météo défavorable et une surévaluation de la fréquentation (1,3 million de visiteurs la première année au lieu des 2,5 millions attendus). Le parc dépose le bilan une première fois fin 1989.

1990 – 1991 : Le parc tente de se réorienter vers la foire permanente et les attractions à sensations, sans succès. Le 20 octobre 1991, Mirapolis ferme définitivement.

1993 – 1995 : Le parc est laissé à l’abandon puis démantelé. La tête géante de Gargantua est dynamitée le 31 août 1993, marquant la fin symbolique du site.

Pourquoi cet échec ? (1) Erreurs de dimensionnement : Des infrastructures calibrées pour de grands flux, mais très peu d’attractions à fortes sensations. (2) Problèmes techniques : Beaucoup de décors en plâtre ou matériaux légers qui se sont détériorés très rapidement sous la pluie francilienne. (3) Gestion chaotique : Des coûts d’exploitation trop élevés face à une fréquentation insuffisante.

&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&

Fin juillet 2026, le site américain d’information Politico révèle que l’Élysée pilote depuis plusieurs mois des discussions avec l’Arabie saoudite en vue de faire renaître le site de Mirapolis. Le projet, qualifié de « très confidentiel », prévoit l’acquisition du site par des investisseurs saoudiens. Le montant de l’investissement serait susceptible d’atteindre 6 milliards d’euros.

Ce projet s’inscrit dans la stratégie saoudienne de diversification économique portée par le prince héritier Mohammed ben Salmane. Qiddiya Investment Company supervise notamment la construction, à une cinquantaine de kilomètres de Riyad, d’un vaste complexe de divertissement — un mégaprojet et une ville nouvelle appelée Qiddiya — devant accueillir un circuit de Formule 1, des infrastructures de tennis destinées à un tournoi international, un parc d’attractions de la chaîne américaine Six Flags ainsi qu’un parc à thème Dragon Ball conçu avec le studio japonais Toei Animation. Lancé en 2018 Qiddiya ambitionne de devenir un hub mondial du divertissement s’étendant sur 330 kilomètres carrés, avec un objectif de 17 millions de visiteurs annuels pour rivaliser avec Orlando (USA). Cette dernière initiative, annoncée en mars 2024 et à laquelle participe également la maison d’édition Shūeisha, vise à adapter l’univers du manga au sein du « premier parc Dragon Ball au monde ». Le premier fleuron de ce complexe a officiellement ouvert ses portes le 31 décembre 2025. Construit par Bouygues Construction pour un coût avoisinant le milliard de dollars, ce parc de 32 hectares réunit 28 attractions répandues sur six zones thématiques, dont la spectaculaire Falcon’s Flight, le plus long, le plus haut et le plus rapide au monde avec ses 250 km/h et son plongeon de 160 mètres, des lieux emblématiques de la série comme Kame House ou la Capsule Corporation, ainsi qu’un Shenron géant de 70 mètres de haut renfermant des montagnes russes.

Un parc Dragon Ball de dimension plus modeste serait à l’étude pour le site de Courdimanche. Le dossier a connu une accélération avec une réunion interministérielle tenue fin juillet 2026 sous l’égide de Georges-François Leclerc, préfet de la région Île-de-France. Elle a rassemblé une dizaine de cabinets ministériels, dont ceux des ministres Roland Lescure (Économie), Monique Barbut (Transition écologique), Serge Papin (Commerce) et Maud Bregeon (Énergie), ainsi que des représentants de Réseau de Transport d’Electricité et d’Île-de-France Mobilités. Y ont été abordés la gouvernance du projet, les infrastructures de transport, les besoins énergétiques et les questions de maîtrise foncière. Les contacts entre Paris et Qiddiya remontent au moins au sommet Choose France, où le patron de Qiddiya Abdullah Aldawood s’est entretenu avec Emmanuel Macron lors des éditions 2025 et 2026 de l’événement. Un protocole d’accord visant à « explorer un projet majeur lié au tourisme et au divertissement en France » avait été signé lors de l’édition 2025. Aldawood et un autre dirigeant du projet, Morgan Parker, ont par ailleurs rencontré la présidente de la région Île-de-France Valérie Pécresse et des représentants de Business France et Choose Paris Region.Localement, les discussions sont restées très restreintes. Le maire de Cergy et président de l’agglomération Jean-Paul Jeandon (PS) est informé du projet, de même que la mairie de Courdimanche. Le député de la circonscription Aurélien Taché (LFI), se dit « attentif aux conditions environnementales et sociales du projet » et dénonce une situation où « les princes » mettent les élus « devant le fait accompli », rappelant la première implication du milliardaire saoudien Ghaith Pharaon dans le financement de Mirapolis.

FRANCE CULTURE JOURNAL de 8 heures le mardi 25 août 2026 :  https://www.radiofrance.fr/franceculture/grille-programmes?date=25-08-2026 de 5:16 à 7:09  Jean-Paul Jeandon : « C’est avec une grande satisfaction que l’agglomération de Cergy-Pontoise accueille ce projet ». « Des logements seront créés, des hôtels pour les touristes ». Au plus au niveau de décision, les textes de lois, ne semblent pas exister : zéro artificialisation des sols, arrêt de l’extension urbaine, préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers, sanctuarisation des terres agricoles,… ?

La révélation du projet de parc à thème suscite des réactions contrastées. Sur le site de Mirapolis, le terrain est occupé par des gens du voyage dont la population est estimée à une centaine de foyers et serait susceptible d’être amenée à quitter les lieux. Concernant les élus locaux, Maryeme Bouslam, conseillère municipale d’opposition, regrette l’absence de « concertation préalable des habitants, des communes avoisinantes et de leurs représentants ».

C’est lors de la toute récente visite du prince héritier et premier ministre d’Arabie saoudite Mohammed Ben Salmane à Paris, que le projet a été officialisé, les négociations étant pilotées directement par l’Élysée. C’est donc cette même entité saoudienne, déjà rodée à la conception de parcs à thème d’envergure mondiale, qui serait à la manœuvre pour le projet français, avec une version plus modeste envisagée dans le Val-d’Oise.

Le parc « Dragon Ball » de Cergy-Pontoise vu par nos élu(e)s : Emmanuel Macron, Valérie Pécresse, Jean-Paul Jeandon  revient à créer des emplois non qualifiés plutôt qu’investir sur l’éducation nationale et la formation professionnelle, une gestion relevant d’une société gouvernée sur le mode « Panem et circenses » (Du pain et des jeux). Quel avenir pour un pays dont les élu(e)s  endorment le peuple.

A travers cet exemple c’est un choix de société qui est en train de se dessiner. L’investissement profitera à l’investisseur : la société « Qiddiya Investment Company ». Quant aux retombées locales, les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent, c’est bien connu.

Dans ce secteur du Val d’Oise, aux frontières de territoires agricoles et ruraux, en pleine mutation écologique,  la création  d’une industrie du divertissement de ce type, surgit tel un pavé dans la mare, en contradiction totale avec les mesures prises en faveur de la restauration des écosystèmes naturels.

Contrairement aux annonces que l’état utilise pour  convaincre nos élus (logements, emplois, impôts …),  les conditions de vie des résidents et leur environnement s’en trouveront gravement dégradés. Certains habitants, interviewés par les médias ne sont déjà pas dupes des risques encourus.

Les retombées pour le pays seront vraisemblablement peu valorisantes, il n’y a aucune production, aucune compétence, juste des services. On va à l’inverse de la ré-industrialisation dont la France a besoin.  Au début du XXième siècle Monaco investissait dans les jeux d’argent, les casinos : pour la classe aisée. L’Ile de France mise sur le tourisme de masse par le biais des parcs à thème.

A nous de décider comment nous voulons vivre dans le Vexin.

A lire les articles :

– Disneyland Paris accueille plus de 15 millions de visiteurs par an mais n’a dégagé de bénéfices qu’une année sur deux depuis sa création: le parc d’attractions est-il toujours un filon rentable en France ?

https://www.bfmtv.com/economie/entreprises/disneyland-paris-accueille-plus-de-15-millions-de-visiteurs-par-an-mais-n-a-degage-de-benefices-qu-une-annee-sur-deux-depuis-sa-creation-le-parc-d-attractions-est-il-toujours-un-filon-rentable-en-france_AV-202608260041.html

– Le business des parcs d’attractions : entre divertissement et industrie milliardaire

https://www.planetegrandesecoles.com/business-parcs-attractions

&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&

A propos du parc DisneyLand Paris

Parmi les critiques les plus violentes, le parc DisneyLand a notamment été qualifié par Ariane Mnouchkine de « Tchernobyl culturel ». Il s’agit de l’expression extrême d’une critique multiforme qui a été exprimée et relayée par différents essayistes et philosophes comme Umberto Eco, Jean Baudrillard ou Denis Lacorne. Pour Marc Augé, « Disneyland, c’est le monde d’aujourd’hui, dans ce qu’il a de pire et de meilleur : l’expérience du vide et de la liberté ».

Une analyse du Guardian révèle qu’en 34 ans d’activité depuis son ouverture en 1992, le parc a perdu 4,2 milliards de dollars, et n’a quasiment jamais été rentable malgré une fréquentation et un chiffre d’affaires records. Pour justifier ces chiffres désolants, Le Guardian identifie la succession de crises qui ont parsemé le parcours du parc depuis son ouverture comme facteur de mauvais résultats : baisse du tourisme en 2001, la crise financière de 2008, les attentats de 2015 ou encore la pandémie de Covid-19.

La création du parc en 1992 — et son annonce quelques années plus tôt — avait suscité beaucoup d’espérances dans une France touchée par le chômage. Mais peu à peu, il est devenu le symbole, pour l’opinion publique, du management à l’américaine, étant souvent assimilé aux conditions de travail difficiles, à la précarité, aux faibles salaires et à un dialogue social qui laisserait à désirer. En 1998, le parc a d’ailleurs connu une de ses premières grèves d’importance. Le parc DisneyLand Paris reste néanmoins depuis son ouverture la première destination touristique d’Europe et avoisine les quinze millions de visites par an.

Le coût pour l’État et collectivités locales s’est élevé à : 1,5 milliard de francs pour les infrastructures routières et ferroviaires, un milliard de francs de subvention indirecte sous forme de baisse sur le taux du prêt consenti par la Caisse des dépôts et consignations.

Un statut juridique particulier a été accordé au parc : la convention liant la France à Disney prévoit que, en cas de litige entre les parties, les tribunaux administratifs ne seront pas compétents. Les Américains estimaient que le Conseil d’État étant une structure étatique, il ne pourrait pas être indépendant et serait à la fois juge et partie. Il a donc été convenu que, dans ce cas, une procédure d’arbitrage international serait mise en place. Cette clause compromissoire a dû faire l’objet d’une autorisation législative.

La superficie totale occupée par l’ensemble du complexe Disneyland Paris est d’environ 2 230 hectares (soit 22,3 km²).

Le parking : artificialisation des sols ?

Commentaires fermés.

Archives