Par Franck OLIVIER – Conseiller Municipal à SAGY de 2014 à 2020
Citoyen de proposition

Le vent est une ressource naturelle inépuisable et décentralisée dont l’exploitation doit se faire aux bénéfices des territoires

Charbon, pétrole, gaz qui existent en quantité finie ont mis quelques centaines de millions d’années à s’accumuler au sein de la croûte terrestre. Il s’agit de stocks d’énergies épuisables. La production de chacune d’elles passe par un maximum dit « pic » avant de décroître. Anticiper les pics de production suppose une bonne évaluation des réserves exploitables et un modèle de consommation de ces réserves. La combustion de ces énergies fossiles contribue au réchauffement climatique par le rejet de CO2 et doivent être remplacées.

Solaire, éolien, énergie marine, énergie hydraulique, biomasse, géothermie sont des énergies de flux inépuisables. Mais à chaque instant la quantité d’énergie disponible provient de ressources naturelles et renouvelables.

Le réchauffement climatique nous impose de remplacer les énergies de stock par des énergies de flux non productrice de gaz à effet de serre.

Vu sur le terrain :

En 2014, à Béganne, dans le Morbihan, s’est construit le premier parc éolien citoyen de France. Une initiative qui illustre à la fois les espoirs et les limites de cette énergie, en plein débat sur le projet de loi pour l’accélération des renouvelables.

Cette installation, entre forêt et vallée, à une heure de Rennes, comprend quatre éoliennes d’une puissance de 2,05 mégawatts et produit la consommation électrique annuelle (tout compris) de 6 000 personnes.

 

Le projet est porté par l’association Énergies citoyennes en Pays de Vilaine (EPV), créée en 2003 par les initiateurs du parc, et son exploitation est assurée par la société Bégawatts, gérée par les citoyennes et citoyens actionnaires. Le but : avoir un projet collectif, local, par et pour le territoire. L’aventure n’avait rien d’une sinécure. Site retoqué après le passage d’un expert débarqué qui émet un avis loufoque, bureau d’études qui tente de prendre le pouvoir, banques plus que frileuses… Face aux obstacles, les bénévoles, loin de se décourager ont acquis une véritable expertise.

Bégawatts a été labellisée « éolien citoyen » par la société de promotion et de financement des énergies renouvelables pour « avoir un bilan énergétique très favorable, respecter l’environnement et les populations, prévoir des retombées économiques locales ».

Son objectif s’inscrit dans une démarche financière de circuit court. Bégawatts n’est pas le seul parc géré par des citoyen·nes. « Énergie partagée« , également actionnaire du parc éolien en recense 35 en France dont deux en Loire Atlantique, à Sévérac-Guenrouët et Avessac à l’initiative de EPV.

Le parc éolien de Béganne rassemble 670 actionnaires citoyen·nes. L’investissement moyen est de 2 700 euros. La perception des dividendes a seulement débuté en 2019, pour que le projet soit viable et cumule une réserve de 300 000 euros pour le démantèlement des mâts. Le but n’est pas de faire de l’argent mais de participer à une production développée et gouvernée par des citoyens. A noter que dans les projets éoliens industriels, seuls les investisseurs extérieurs en perçoivent les bénéfices.

Le coût total du parc éolien de Béganne est revenu à 11,5 millions d’euros (Bégawatts). En plus des actionnaires citoyens, un emprunt de 8,8 millions d’euros a été contracté auprès d’une banque française. La SCA « Énergie partagée« , regroupant des actionnaires citoyen·nes d’un peu partout en France, a aussi participé à hauteur de 500 000 euros.

La fiscalité éolienne de Bégawatts a généré 225 000 € en 2022 pour la communauté de communes et a permis de financer des secteurs sociaux comme les personnes âgées et la petite enfance.

Ne plus être un simple consommateur du territoire, mais assurer un portage et une maîtrise locale de projets à visée non spéculative, avec une gouvernance locale et démocratique. Un exemple ?

Vu par le gouvernement :

Le 4 novembre 2022, le Sénat a adopté en première lecture le projet de loi relatif à l’accélération de la production d’énergies renouvelables qui prévoit un dispositif global de leur planification territoriale. Un décret en Conseil d’État identifiera les zones propices à l’implantation de ces installations mais ce sont les collectivités locales qui seront à la manœuvre pour définir ces zones. Les élus locaux définiront des zones prioritaires dans les schémas de cohérence territoriale, un conseil municipal pourra toujours s’opposer à une implantation sur son territoire.

Vu par le département du Val d’Oise :

Lors de la séance plénière du Conseil Départemental du 18 février 2022 l’Assemblée départementale a rejeté toutes les zones pré-identifiées par la Préfecture de la région Ile-de-France comme favorables à l’implantation d’éoliennes en Val d’Oise lors du vote de la résolution : « 5-08 438 Contribution du Conseil départemental du Val d’Oise à l’élaboration d’une cartographie régionale des zones favorables à l’implantation d’éoliennes en Ile-de-France. Environnement – Energie – Promotion de l’environnement » (https://event.novialys.com/Datas/cd95/1673571_61f93958bce4e/ )

 

 

L’argument opposé est « la préservation de la beauté des paysages ruraux du territoire ». Et l’on comprend la position de Philippe Rouleau, maire d’Herblay-sur-Seine concernant l’implantation d’éoliennes à proximité d’aires naturelles puisque le Département est à l’initiative de la création d’un sanctuaire de biodiversité sur l’île d’Herblay-sur-Seine. Si un projet d’éolienne était confirmé par l’Etat à proximité immédiate, cela constituerait un danger pour l’intérêt écologique (notamment ornithologique) du projet de sanctuaire. En revanche l’argumentation d’Alexandre Pueyo (Conseiller départemental / U.V.O. délégué au développement durable) relève du « NIMBY » (Not In My Back Yard : « pas dans mon arrière-cour« ), : oui aux parcs marins mais non à l’implantation d’éoliennes en Val d’Oise. Or l’intérêt d’une production de proximité est de minimiser les pertes liées au transport d’énergie. Faire venir l’électricité de l’Atlantique mais pas du bord de nos autoroutes, un avis qui n’est pas partagé par Pascal Bertolini (Conseiller départemental G.S.E.) ( voir : https://www.youtube.com/watch?v=v2SLoDYDul0 ).

Un atlas du gisement éolien régional a été réalisé à partir de données cartographiques numériques de l’Institut d’aménagement et d’urbanisme de la région Ile-de-France (IAURIF) et de données météorologiques (mesures de vitesses de vent) fournies par Météo-France. Afin d’apprécier les modalités d’exploitation de l’énergie éolienne une modélisation numérique a été réalisée, exprimée en densité d’énergie éolienne potentiellement exploitable par unité de surface (en watts/m2).

Vu par notre communauté de communes Vexin Centre (CCVC) :

En février 2022 la communauté de communes Vexin Centre s’est engagée dans un “Plan Climat Air Énergie Territorial” (ou PCAET). L’un des enjeux visent à « garantir un accès à l’énergie et aux ressources naturelles pour tous et à un prix raisonnable« . Le diagnostic Climat-Air-Énergie, qui a eu lieu en avril-juin 2022, mentionne à propos du développement des énergies renouvelables et l’éolien en particulier : « Le gisement éolien francilien est sous influence océanique et se situe dans la moyenne européenne. Il se classe dans sa partie ouest en zone 3 à l’échelle française (avec suivant la configuration du terrain des vitesses de vent de 4,5 à 10 m/s). Une analyse plus fine du potentiel éolien francilien menée en 2008 par l’IAURIF (Institut d’aménagement et d’urbanisme de la région Île-de-France), en partenariat avec différents partenaires de l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie), l’ARENE-IDF (Agence Régionale de l’Environnement et des Nouvelles Énergies – Île de France) et RTE (Réseau de transport d’électricité), montrait que les plus grosses densités d’énergie à 60 m du sol se situent d’une manière générale sur les plateaux, en particulier autour du bassin aval de la Seine dans des zones au caractère rural marqué. Le Schéma Régional Eolien d’Ile-de-France (2012) définit les zones favorables à l’éolien au regard des enjeux paysagers, patrimoniaux, environnementaux et techniques. L’ensemble du territoire du Vexin Centre apparaît comme une zone défavorable, en raison d’au moins une contrainte absolue sur chaque zone du périmètre. Cette étude datant d’une dizaine d’années, le potentiel éolien pourrait être ajusté si de nouvelles études sont amenées à être réalisées ».

Lors des 4 forums, les 9 novembre à Bellay-en-Vexin, 16 novembre à Grisy-les-Plâtres, 23 novembre à Avernes et 30 novembre à Ableiges, de nombreuses suggestions ont été proposées par les citoyens à propos de l’éolien comme le précisent les comptes rendus :

La zone la plus favorable de gisement éolien dans la CCVC suit exactement la RN 14.

Paysage de la RN 14 entre Sagy et Vigny. Où se situe la « contrainte absolue » ?

Vu par le Parc Naturel Régional du Vexin Français (PNR) :

« Ainsi, si la Région a effectué une consultation dans le cadre du schéma régional de l’éolien en proposant différents scénarii, la possibilité d’implanter des éoliennes sur le territoire du Parc a rapidement été abandonnée par l’État et les élus locaux, pour des raisons de préservation des paysages. De même, chaque village du Vexin ayant au moins un bâtiment classé au titre des monuments historiques sur le territoire communal, l’implantation d’éoliennes ou de photovoltaïques individuels ou à échelle industrielle est quasiment impossible ».

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Toutes ces visions sont totalement dépassées. Des phénomènes météorologiques extrêmes cet été et des risques de pénurie d’énergie cet hiver… Jamais l’urgence de réduire notre consommation d’énergie n’a été aussi justifié. La guerre en Ukraine ne fait qu’accélérer des phénomènes préexistants. La réduction de notre consommation collective d’énergie, jusqu’ici perçue comme un objectif de moyen-long terme est devenue une nécessité de court terme. Au-delà de la nécessaire baisse de nos besoins, en cette période incertaine il faut aussi assurer notre souveraineté énergétique. Pour verdir notre électricité et assurer une production suffisante, les énergies renouvelables sont indispensables.

L’argument entendu contre l’éolien tient essentiellement à la préservation des paysages, mais quel(le)s élu(e)s pensent vraiment à « la beauté des paysages ruraux du territoire » ?

Ci-dessus une publicité publiée par GRDF : peut-être le village du Perchay en arrière-plan ?

 « Oui mais là cela concerne la bio-énergie, alors la préservation de la beauté des paysages ruraux du territoire  »

Vu de Sagy village « un petit bijou, dans son jus », son église, son alignement de lignes à haute tension et ses pylônes électriques

« Oui mais là cela rapporte 70 000 €/an de contribution à la commune, alors, le paysage, … »

Château d’eau de Courdimanche (et ses antennes)

« Oui mais là c’est l’eau du robinet et puis nos portables, alors, le paysage, … »

Maudétour-en-Vexin : pylône haubané de 250 mètres de haut.

« Oui mais là c’est la diffusion de la télévision (TNT), la radio FM et la téléphonie mobile, alors, le paysage … »

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Les énergies renouvelables vont de pair avec une exigence environnementale : solutions apportées aux problèmes liés aux éoliennes à Béganne :

  • Poser des serrations ou peignes sur les pales pour réduire le bruit, une technologie inspirée des rapaces. L’aigle notamment ne fait pratiquement aucun bruit en volant. En observant son plumage, on se rend compte qu’il y a un décalage des plumes. C’est ce que les ingénieurs ont tenté de reproduire avec les éoliennes. Les peignes modifient aussi le spectre acoustique en réduisant notamment les basses fréquences et en limitant la propagation des ondes sonores.

  • Mise en place d’un bridage, qui ralentit ou empêche les éoliennes de tourner pour des raisons de bruit, de main-d’œuvre ou de préservation de la biodiversité. Le bridage obligatoire concerne par exemple les périodes de nidation des chauve-souris.

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L’heure n’est plus aux polémiques : nous avons besoin du photovoltaïque et de l’éolien et il y a des zones qui permettent à la CCVC de participer à la transition énergétique sans affecter « la beauté des paysages ruraux du territoire« . Comme à Béganne, communes et communautés d’agglomération alentour, bénéficieraient de véritables retombées économiques, liées au foncier et à l’Ifer [imposition forfaitaire des entreprises de réseaux].

Sagy : 1124 habitants

Consommation d’énergie électrique par habitant de l’ordre de 7 000 kiloWattHeure/an.

Consommation moyenne d’énergie électrique de l’ensemble des habitants de la commune de SAGY : 7 868 MégaWattHeure/an

Si l’on retient un facteur de charge de 16%, valeur retenue dans les calculs de l’ADEME pour l’Ile-de-France, une éolienne de 2,05 MégaWatt a un rendement de 0,328 MégaWatt, ce qui pour un an (8760 heures) donne une puissance de 2873 MégaWattHeure/an soit 36 % de la consommation annuelle d’électricité des habitants de Sagy

 

1 éolienne sur le plateau suffirait à approvisionner 36 % de la consommation électrique annuelle des habitants de Sagy.

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Pour terminer cet article parlons aussi du nucléaire :

L’avantage du nucléaire est le NIMBY pour l’implantation des centrales comme pour l’enfouissement des déchets.

Au 18 décembre, 40 réacteurs nucléaires sur les 56 étaient en fonctionnement, alors qu’EDF en espérait 42 dès le 1er décembre. EDF a annoncé, via une note d’information sur son site Internet, que deux réacteurs nucléaires supplémentaires ne pourront finalement pas redémarrer avant la fin de cet hiver, et six autres devront être arrêtés en 2023 pour des réparations liées à des problèmes de corrosion.

 

Article rédigé par JP Herbin – géologue – Saillancourt – 14 décembre 2022

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