Piqure de rappel « historique »
5 juin 2025 – Petit fils d’immigré, le président des États-Unis, Donald Trump, confond le peuple allemand et l’Allemagne nazie.
Le chancelier allemand Friedrich Merz, reçu jeudi 5 juin 2025 à la Maison Blanche, a offert au président américain Donald Trump un exemplaire encadré du certificat de naissance de son grand-père, Frederick (Friedrich) Trump, né en Allemagne en 1869. Durant l’échange, Donald Trump n’a pourtant pas résisté à l’envie d’égratigner l’ancienne chancelière Angela Merkel (CDU), critiquant sa politique migratoire.
Alors que Friedrich Merz évoquait le Débarquement de Normandie du 6 juin 1944 comme un tournant décisif ayant permis la libération de l’Europe, établissant un parallèle avec le rôle que les États-Unis pourraient jouer aujourd’hui face à la guerre en Ukraine, Donald Trump l’a interrompu : « Ce n’était pas une journée agréable pour votre pays ». Le chancelier allemand a esquivé la pique avec calme, rappelant que cet évènement a, « en fin de compte, permis de libérer son pays de la dictature nazie ».
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Adolf Hitler est arrivé au pouvoir parce que l’opposition au nazisme a été violemment étouffée avant-guerre. Lorsqu’un homme s’empare du pouvoir et élimine toute expression contestataire, la démocratie est en péril. C’est ce que nous ont appris Dietrich Bonhoeffer (né à Breslau le 4 février 1906, exécuté au camp de concentration de Flossenbürg le 9 avril 1945) et Anna Seghers (née à Mayence le 19 novembre 1900, morte à Berlin le 1er juin 1983).
Dietrich Bonhoeffer en 1932 avec des écoliers.
La vie du théologien et philosophe allemand, Dietrich Bonhoeffer, illustre cette résistance. Tandis que le nazisme devenait l’idéologie dominante en Allemagne, Bonhoeffer y voyait une menace pour les chrétiens, pour les Allemands et pour toute l’humanité. En 1935 ses droits d’enseigner lui furent retirés. En complète opposition avec les dirigeants de l’Église luthérienne d’Allemagne qui soutenaient le régime hitlérien il constitua dans la semi-clandestinité une communauté en affirmant le « devoir inconditionnel de l’Église envers les victimes de tous les systèmes sociaux, même s’ils n’appartiennent pas à la communauté des chrétiens ».
En 1938, il prit des contacts avec des officiers allemands opposés au nazisme, et maintint un contact permanent avec les Églises protestantes à l’étranger. Malgré l’interdiction qui lui fut faite de publier, d’enseigner et de prêcher, il noua des contacts étroits avec l’amiral Wilhelm Canaris, chef de l’Abwehr (service de renseignements de l’état-major allemand). Grâce à lui, il obtint des papiers qui lui permirent de se déplacer relativement facilement en Allemagne et à l’étranger. Le 5 avril 1943, il fut arrêté sous l’inculpation de « démoralisation des troupes ». L’influence de Wilhelm Canaris n’était pas suffisante pour permettre sa libération mais permit toutefois son transfert des prisons de la Gestapo vers une prison moins sévère à Berlin, où il put écrire de nombreux textes, recueillis après-guerre dans l’ouvrage intitulé « Résistance et soumission ». Il fut à nouveau transféré en octobre 1944 dans les prisons de la Gestapo, puis déporté au camp de concentration de Buchenwald. Le 9 avril 1945, Dietrich Bonhoeffer ainsi que l’amiral Wilhelm Canaris furent conduits devant la cour martiale, jugés coupables et condamnés à la pendaison dans le camp de concentration de Flossenbürg.
Anna Seghers, est une femme de lettre allemande. Après la prise de pouvoir par les Nationaux-socialistes (Nazis), Anna Seghers fut arrêtée par la Gestapo puis relâchée; ses livres furent interdits en Allemagne et brûlés. En mars 1941, Anna Seghers et sa famille réussirent à rallier Mexico. En 1942 parut son roman le plus célèbre : La Septième croix, en édition anglaise aux États-Unis (The Seventh Cross) et en édition allemande au Mexique (Das siebte Kreuz). Ce roman, dont un manuscrit avait été détruit par la première bombe tombée sur la région parisienne, en juin 1940, a tout de suite connu un immense succès mondial. Il décrit l’horreur des camps hitlériens d’avant-guerre.
Résumé : En 1936 des soldats nazis passent la campagne au peigne fin. Sept Allemands opposants à Hitler, affectés à la colonne d’extermination d’un camp de la région rhénane, s’enfuient dans la brume. Trois sont rapidement repris. Un quatrième, un acrobate, est abattu sur un toit. Le cinquième meurt d’épuisement et d’émotion en vue de son village. Le sixième finit par se rendre à la Gestapo. Un seul parvient à passer en Hollande, grâce à la solidarité des ouvriers et de quelques résistants. La septième croix qui l’attend au camp reste inemployée. C’est une brèche dérisoire dans la formidable forteresse nazie. Et c’est pourtant un espoir.
Après-guerre Anna Seghers travailla avec Berthold Brecht à Berlin Est, auteur de pièces de théâtre telles que: « Têtes rondes et têtes pointues » (1933), une parabole satirique sur la façon de diviser le pays en deux peuples, dont l’un sera désigné comme responsable de tous les maux : comme s’il y avait les « enfants du pays » d’un côté, et les « autres ». Ou « La Résistible Ascension d’Arturo UI » (1941) théâtre épique à propos d’un chef de bande prenant le pouvoir et comment la vérité risque d’être dévoilée lors d’une réunion agitée du conseil municipal. L’épilogue de la pièce est toujours d’actualité : « Vous ! Apprenez à voir, plutôt que de rester les yeux ronds. Agissez au lieu de bavarder ».
Cette œuvre inspirera de nombreux artistes : cinéma, peinture, sculpture, bande dessinée
En pleine guerre mondiale Fred Zinnemann va l’adapter au cinéma. Sorti le 24 juillet 1944, c’est l’un des rares films de l’époque qui traite de l’existence des camps de concentration nazis à l’encontre des opposants au National Socialisme. Les succès du livre et du film rendent Anna Seghers célèbre dans le monde entier.

Preview clip :
http://www.youtube.com/watch?v=-1n2Y-uKgPY
Agnes Moorehead’s scene :
http://www.youtube.com/watch?v=WxKrhoZiSaA
« La septième croix » a également inspiré les peintres
Ci-dessous, peinture à l’huile – Yvelle von Alzheim – 80 x 60 Année de production: 2002
Exposition de sculptures à Mayence, où se situe l’action principale du roman d’Anna Seghers.
William Sharp, (né le 13 juin 1900 en Autriche, décédé le 1er avril 1961 aux Etats-Unis) a publié « La septième croix » en bandes dessinées. En 1944 une traduction a été réalisée pour « Le Petit Journal », hebdomadaire de Montréal, parue à raison d’une planche, chaque dimanche, entre le 9 janvier et le 12 mars 1944.
L’arrivée et le maintien au pouvoir, de dirigeants autoritaires, narcissiques, jouant des rôles de théâtre au lieu d’agir avec dignité et responsabilité dans le respect du processus électoral démocratique qui les a portés à ce niveau de représentation, pose la question : comment la pensée de groupe, la pression sociale et le conformisme affectent la psyché collective jusqu’à les suivre dans tous leurs excès ?
« Résistance et soumission » évoquent le douloureux souvenir de la Seconde Guerre mondiale. Ne pas résister, dès qu’il y a entrave à la liberté de penser, d’agir et de concourir au bien commun, laisse le champ libre à ceux qui planifient le totalitarisme. Liberté et bien commun sont liés.
La résistance est dérangeante pour le pouvoir en place. La première démarche d’un dirigeant autoritaires et narcissiques consiste à éliminer ses opposants. Les institutions gouvernementales ont prévu des contre-pouvoirs pour faire valoir les droits de l’homme et il incombe aux citoyens de veiller à la façon dont les élus exercent les mandats que nous leur confions et les dérives éventuelles de leurs décisions sur nos conditions de vie présentes et celles des générations futures.







